Lectures cursives plurielles

Paroles de Jacques Prévert

 

Sommaire :

 - Benjamin G. : Les effets produits par les passages de style oral

 - Pierre G. : Le lyrisme dans le recueil

  - Sullivan L : Les personnages présents

 - Clémence C : Le caractère populaire:

 - Mathieu L : Attachement au monde animal

 - Julien L : Lien entre écriture surréaliste ou pratique du collage

 - Brice M : Renversement des clichés 

 - Charlie P : Les références culturelles

 - Esteban R : Comment est peinte la société ? Sous quels traits ?

 

Les effets produits par les passages de style oral

 

     La vie des poètes est souvent comparée à celle d’hommes exclus, renfermés sur eux-mêmes et travaillant à l’écart du peuple. Jacques Prévert ne fait pas partie de ces hommes là : véritable homme de lettres, il écrit des poèmes, avant de participer à la conception et à la représentation de nombreuses pièces de théâtre, puis deviendra acteur et scénariste  pour le cinéma.

     Son contact avec la vie, son goût pour la lecture le pousse dès son plus jeune âge à écrire ses propres poèmes ; les poèmes du jeune homme seront alors narrés à de nombreuses reprises et certains également mis en musique. Prévert s’approprie réellement ses poèmes, ils font partie de lui, ainsi il n’hésite pas à les lire à haute voix lors de conférence ou encore à employer de ses célèbres vers dans l’écriture de ses pièces.

     Le succès grandissant de l’artiste atteint son apogée lors de la publication du recueil de ses poèmes en 1945 ; cette œuvre intitulée Paroles connut un franc succès dès sa publication et permit à Prévert de se faire mieux connaître du public. Le succès de son œuvre met Prévert en haut de l’affiche avec des poèmes tels que Le Cancre ou Je Suis comme je suis qui seront alors sur toutes les lèvres.

     Certains poèmes du recueil s’apparentent à une conversation ou à un discours, on peut se demander alors en quoi les passages de style oral mettent en relief le texte.

     La démonstration de cet aspect du texte se décomposera en deux paragraphes ; le premier afin de montrer comment l’oralité donne du rythme au discours, et le second dans lequel nous montrerons que grâce aux passages de style oral le recueil de poèmes est accessible à tous.

     Jacques Prévert a connu le succès et la reconnaissance du grand public grâce à son recueil de poèmes, Paroles. Dans ce livre les poèmes s’enchaînent avec justesse, on passe de poèmes courts à poèmes longs, d’un poème relatant un monologue et le suivant une discussion. La richesse du texte tient de la diversité de tous ses poèmes qui nous plongent chaque fois un peu plus dans la vie de l’auteur.

     Dans Les Oiseaux du souci, l’auteur introduit des interjections dans son discours, on retrouve ainsi les termes « Hein ? Quoi ? » Ou encore « Où ? Hein ? ». Ces formes de style oral casse la monotonie du discours, ils rythment le texte.

     Le Retour au pays, poème retraçant le retour d’un breton dans sa contrée natale, introduit deux phrases de style oral, la première « Tu finiras sur l’échafaud » phrase leitmotiv du texte qui est mise en relief à travers le style oral. La seconde, « Bonjour oncle Grésillard » redonne du rythme au texte avec une notion de contact humain et de retrouvailles après de longues années.

     D’après ces exemples on parvient à définir l’oralité dans le discours comme redonnant du souffle, de la vie à l’œuvre. Elle permet au lecteur de suivre l’histoire plus présente grâce aux paroles et aux discussions.

     Le genre littéraire, et en particulier les recueils de poèmes sont souvent difficiles à lire et à comprendre pour le public non initié. Pourtant à travers ce recueil, Prévert parvient à toucher les lecteurs du grand public ; pour cela il emploie entre autres des passages de style oral, familiers.

     Dans L’Accent grave, on retrouve un poème sous la forme d’une discussion entre un professeur et l’un de ses élèves. Prévert fait référence à travers cette conversation à l’œuvre de Shakespeare, Hamlet. Cette référence littéraire aurait pu être en effet difficile à comprendre, mais grâce au style direct, le poème devient accessible à tous. Le sujet est « Etre ou ne pas être dans les nuages » qui parodie « Etre ou ne pas être », texte de la pièce du dramaturge britannique.

     Dans Page d’écriture, Prévert décrit un poème lyrique à travers le paysage d’une salle de classe. Ainsi les discours brefs et communicatifs tels que « Répétez ! » ou encore « Sauve-moi, joue avec moi oiseau » prennent ici toute leur importance. On distingue alors la portée du texte qui s’adresse aux lecteurs de tous âges, car ce poème plongé dans l’enfance fut donné à apprendre dans certaines classes.

     L’oralité du texte est aussi un moyen pour Prévert de mieux se faire entendre, comprendre du grand public. Ces textes peuvent être compris dès le plus jeune âge ; et c’est cette accessibilité à la lecture qui vaudra à l’auteur le succès qui lui est dû.

 

     Certains poèmes du recueil Paroles se distinguent par leurs passages de style oral, cette oralité perçue dans plusieurs textes présente différents avantages pour le lecteur ; en effet avec ce procédé l’auteur permet de rendre à son public une lecture plus fluide, plus intéressante, plus rythmée. Les passages de style oral permettent également de présenter l’art de la poésie sous un jour plus simple, ce qui permet à n’importe quel lecteur d’avoir accès à ce recueil.

     Enfin cette oralité présente à plusieurs reprises dans les poèmes de Prévert, l’amenèrent à continuer dans l’écriture de discours en devenant par la suite dramaturge pour de nombreuses pièces de théâtre.

 

Le lyrisme

 

Jacques Prévert est un poète français du 20eme siècle qui allie l’image à la gouaille populaire. Dans son recueil « Paroles », on peut trouver une autre notion qui est le lyrisme. Ce dernier est présent sous diverses formes, c’est pour cela que nous allons repérer et commenter le lyrisme dans cet œuvre. Ainsi nous allons voir sa présence par les trois axes suivants : en premier on observera l’axe des sentiments, ensuite la présence de la nature et enfin la musicalité de l’œuvre.

               Tout d’abord, dans cet œuvre on trouve des sentiments qui engendrent la compassion du lecteur. Par exemple dans le poème « la pêche à la baleine », il est écrit « Et la baleine, la larme à l’œil contemplant le foyer détruit. » Ce passage est très émouvant, il regorge de sentiments de tristesse qui attendrissent le lecteur. Par ailleurs le poème « Le désespoir est assis sur un banc » évoque cette émotion. Ainsi le fait de vouloir partager ses sentiments démontre bien la présence de lyrisme dans cette œuvre.

Puis la faune et la flore peuvent se distinguer de multiple fois dans ce livre. De nombreux poèmes comme « chanson de l’oiseleur », « pour faire le portrait d’un oiseau », parlent de volatiles. Mais on retrouve d’autres animaux en abondance tels que des chevaux, des lièvres, des escargots… La flore se localise dans les poèmes telle que « fleurs et couronne » où Prévert nous parle d’une fleur et utilise le champ lexical de la nature. L’existence de bêtes et de végétaux souligne une certaine harmonie avec la nature qui est une des caractéristiques du lyrisme.

Et enfin la musicalité de l’œuvre est décelée dans différents poèmes. On la remarque avec des refrains que l’on retrouve dans « chasse à l’enfant », »histoire du cheval », avec de multiples anaphores dans « j’en ai vu plusieurs … »

De plus on distingue d’innombrables allitérations tels que : « leur soleil, c’est la soif, la poussière, la sueur » extrait de « le paysage changeur ». Diverses accumulations et périphrases comme « l’astres des désastres » renforcent cette idée de musicalité. Grâce à toutes ces différentes figures de styles on peut dire, une fois de plus, que le texte a un aspect lyrique.

Le recueil « Paroles » de Prévert est donc lyrique. Ceci se voit à travers les poèmes  de part leur musicalité, leur harmonie avec la nature et les sentiments.

 

Les personnages présents.

 

              Jacques Prévert est un grand poète et scénariste. Il ne cesse de se moquer de la religion. Il participe au surréalisme puis au cinéma. Il est toujours resté très attentif aux gens du peuple en évoquant leurs mots, leurs joies et leurs peines.

              Toutes ces caractéristiques sont présentes dans Paroles publié en 1946. Ce recueil rassemble beaucoup de poèmes plus ou moins longs sur différents thèmes comme la nature, les activités humaines, l’amour, la religion…

             Mais comment pourrait-on classer les personnages présents dans tous ces  thèmes ?

             Dans un premier temps, nous verrons leur portrait physique puis leur portrait moral .

Dans ce recueil, j’ai choisi certains personnages qui à mon sens, sont intéressants dans leur description très particulière.

 

            Tout d’abord, nous allons parler du portrait physique des protagonistes présents notamment dans la religion.

            Premièrement, l’auteur compare dans « Ecritures Saintes », Dieu à « un grand et gros lapin » et le diable à « un grand lièvre avec un fusil gris ». L’auteur évoque également dans « La crosse en l’air », un évêque saoul avec sur la tête une coiffure qu’on appelle mitre et tous ses vêtements sont brodés finement, ainsi qu’un pape avec une coiffure à trois cornes appelée tiare. Il ressemble à un affreux vieillard. L’on trouve dans ses phrases une certaine moquerie. Puis dans « Tentative de description d’un dîner de tête », il s’agit du président avec une somptueuse tête d’œuf de Coulomb. « Il brise le sommet de sa coquille avec son couteau pour avoir moins chaud ».

          De plus, Jacques Prévert dans « Lanterne magique de Picasso » décrit un homme obèse en ridicule statue vivante avec de petites jambes courtes et de son buste long montrant un beau sourire grandiose, ses mains sont potelées .

          Pour terminer, deux personnages m’ont particulièrement émus dans ce recueil.

          Le premier est Barbara.

          L’auteur la décrit dans ces termes « Souriante, ravie, épanouie », on ressent beaucoup d’amour dans son écriture.

           Le deuxième personnage est cité dans « Place du Carrousel ». Il s’agit d’un cheval. L’auteur nous dit qu’il « était beau », malgré cela on ne peut oublier ces mots «  Debout sur trois pieds, et l’autre pied blessé et arraché, pendait ». On éprouve de la douleur car nous savons très bien que l’issue fatale sera la condamnation à être abattu.

 

            Parlons maintenant du portrait moral des différents personnages évoqués précédemment.

            Nous avons la confrontation entre Dieu et le Diable, le bien et le mal. Dieu est généreux, prêt à aider les personnes en difficultés « il est le fondateur du ciel et de la terre » mais il a aussi des défauts comme « prêteur sur gage et vieil usurier ». Le Diable incarne la méchanceté, il tire dans l’ombre, dérobe l’argent des pauvres gens, les rosse « il leur fauche leur fric, il leur fout une volée… »

            Entre l’évêque et le Pape, la tension est palpable. L’évêque est assez familier, il traite le Saint Père « Face de pet », le tutoie également. En ce qui concerne le président, il se croit tout puissant et le revendique «  S’il n’en reste qu’un, je serais celui-là ».De plus, l’homme obèse est un être qui présente des signes de peur et d’ennui derrière son sourire.

            Pour conclure, Barbara est heureuse et amoureuse « Tu te jeta dans ses bras » mais l’on peut se demander si ce bonheur n’a pas été interrompu par la guerre « Quelle connerie la guerre ». Les deux amoureux sont-ils toujours vivants ?

           De la joie, nous passons à la tristesse.

           Quant au cheval, l’auteur écrit « Il ne se plaignait pas, si triste si simple et si raisonnable », on pourrait croire qu’il s’agit d’un être humain.

           Ainsi, Jacques Prévert n’hésite pas à critiquer des personnes issues de milieux différents comme entre autre la religion.

           Dans tous ces poèmes en prose ou en vers, il ressort une certaine ironie de l’auteur, sans Dieu ni maître.

 

 Le caractère populaire

 

            Jacques Prévert, poète Français du 20ème siècle influencé par les surréalistes nous a laissé une œuvre riche et diverse. En effet, il participa à de nombreux scénarios de films à succès, devenus des classiques du cinéma français : « Quai des brumes », « Les visiteurs du soir »,… Il intégra également la troupe de théâtre Octobre et publia de nombreux poèmes exprimant le train- train de la vie quotidienne, son côté sordide, ses misères mais aussi ses joies.

            Dans « Paroles », son premier recueil de poèmes paru en 1946, Jacques Prévert allie le vers libre soutenu par le rythme de la parole et les jeux de mots. Cette œuvre remporta tout de suite un immense succès.

            Il est intéressant de se demander pourquoi « Paroles » reçut immédiatement l’approbation générale du peuple.

            Dans un premier temps, nous démontrerons que ce recueil s’insurge contre la pauvreté. Puis, nous en analyserons le caractère populaire.

            Avec « Paroles », Jacques Prévert se fait le porte- parole des opprimés. Il se moque des puissants « alla s’asseoir sur sa chaise et disparut » (L’éclipse) pour défendre les plus pauvres, les plus vulnérables. L’emploi d’un ton dur, agressif parfois tendre et humoristique démontre son implication : « personne ne touchait un rond » (Souvenirs de Famille), « il cherche quelque chose qui le fera devenir quelqu’un » (Evénements), « la tête de l’homme qui a faim » (La grasse matinée) et « c’est plutôt con de donner une journée pareille à un patron ? » (Le temps perdu). Le poème La lanterne rouge de Picasso est une preuve explicite des mauvais traitements subis par le peuple : « et le spectre solaire des hommes aux bas salaires qui surgit tout sanglant des entrailles sanglantes d’une maison ouvrière ».

            Avec de nombreux poèmes aux termes accusateurs, Prévert veut dénoncer les exploiteurs qui construisent des empires avec le sang des travailleurs. Dans La crosse en l’air, on retrouve ces vers  « un romain qui crève la faim », « qui se battent contre la misère/ qui pataugent dans leur propre sang/ dans le sang et dans la misère/ dans la misère et dans le sang/ et sur le sang de la misère des autres se gondolent à Venise avec des suspensoirs d’hermine et des diamants aux doigts de pied ». Les conditions de vie des petites gens le révoltent, il veut se battre à leur côté pour que ceux- ci ne vivent plus dans la pauvreté.

            Avec « Paroles », on sent parfaitement la volonté de Jacques Prévert de faire changer les choses.

            Ce recueil paraît dans l’atmosphère de libération d’après-guerre, ce qui rend le peuple plus sensible aux thèmes anarchistes de Prévert. En effet, ce dernier souhaite l’égalité, la fraternité (« beauté frappée fraternité », Souvenirs du carrousel). L’emploi de vers libres, d’un style oral et familier c’est-à-dire le parler du peuple pour décrire des scènes quotidiennes, des lieux, des évènements historiques attirent tout de suite les foules. Nous pouvons voir cela dans La crosse en l’air, « Vise un peu le saint-Père comment qu’il est fringué…avec un anneau dans le nez j’te jure qu’il serait complet ! » ou encore dans Le temps des noyaux  « Lorsque avec un bon sourire dans le métropolitain/ poliment vous nous demandiez/ deux points ouvrez les guillemets/ descendez- vous à la prochaine/ jeune homme/ c’est de la guerre dont vous parliez…nous ne descendrons pas à la prochaine/ ou nous vous descendrons avant/ on vous foutra par la portière/ c’est plus pratique que le cimetière/ c’est plus gai/ plus vite fait / c’est moins cher ». Avec ces vers, Jacques Prévert exprime la voix du peuple sur le carnage de la guerre.

De plus, on y retrouve l’image d’un Paris populaire avec des portraits d’hommes (« un taxi, un chômeur, un assassin », Evènements), des moments de bonheurs (« Et l’enfant dans la vie », Premier jour), des messages d’amour (« en te serrant dans mes bras », Paris at night). Les formes populaires et simples employées, chansons (Chansons), romances, complaintes (Complainte de Vincent), permettent une compréhension immédiate. Grâce à cela, Jacques Prévert crée un lien avec ses lecteurs : « Compagnons des mauvais jours » (Le concert n’a pas été réussi), « Braves gens » (Histoire du cheval) et « Le spectacle va commencer » (Le temps des noyaux).

            L’auteur veut donc se trouver avec les gens simples et les faire avancer à l’aide de ses poèmes.

Dans « Paroles », Jacques Prévert dénonce la pauvreté des petites gens accablés par les plus riches. Il est indéniable que ce recueil s’adresse en premier lieu au peuple, ce peuple dont Prévert se fait l’interprète. Il se met à sa portée et le soutient afin de lui offrir une vie meilleure. Il serait intéressant d’analyser le caractère populaire des œuvres cinématographiques et théâtrales de Prévert pour déterminer avec précision son opinion sur les changements qui étaient nécessaires dans son siècle.

 

Attachement au monde animal

 

Jacques Prévert est né en banlieue parisienne, à Neuilly-sur-Seine, le 4 février 1900. Dès son plus jeune âge, il se passionne pour la lecture et le spectacle. C’est à Paris qu’il grandit et va à l’école – souvent buissonnière. Il dit d’ailleurs que ses « humanités », il les a effectuées dans les Rues de Paris. A 15 ans, il vit de petits boulots.

            Prévert écrit souvent en participant à des créations collectives, mais de plus en plus avec son frère Pierre, il produit de grands scénarios du cinéma français. Ses textes suscitent l’image. Ils vont populariser son nom.

            Les textes de Prévert jusqu’alors éparpillés, sont réunis pour la première fois en 1945 par René Bertelé (Paroles). Bien que certains libraires aient prophétisé que cet ouvrage « n’intéresserait que quelques jeunes gens de Saint Germain des Prés », il est accueilli comme une immense bouffée d’oxygène dans le climat littéraire d’après la libération. Les 5000 exemplaires sont vendus dans la semaine suivant le jour de la publication.

            Dans de nombreux textes, le poète dit son horreur de la souffrance infligée aux bêtes par les hommes. C’est pourquoi, voyons comment Prévert prouve son amour et sa compassion pour les animaux dans Paroles. Dans un premier temps, on énoncera les présences d’animaux dans le recueil Paroles. Puis on présentera la façon dont Prévert perçoit les animaux dans Paroles et dans d’autres textes.

            Prévert a consacré beaucoup de textes aux animaux dans Paroles. Dans « histoire du Cheval » (p.21), Prévert nous raconte le destin d’un cheval traqué par ses supérieurs. Le texte qui suit s’intitule « la pêche à la Baleine », Jacques Prévert nous surprend en considérant la baleine comme un homme capable d’émotions et dotée d’une intelligence semblable à celle des humains. Ainsi, il lui donne la parole, l’élevant au rang d’homme. Dans « Evénements » (p.59), une histoire assez bouleversante, Prévert place les hirondelles comme des juges, supérieurs aux terriens : « Pour les hirondelles il n’y a pas de bon Dieu, elles n’en ont pas besoin, l’hirondelle continue son chemin et voit à travers les brise-bise d’une autre fenêtre ». Les hirondelles portent un jugement à la fin du texte, ce qui traduit l’admiration qu’a Prévert envers les animaux volants : « Ils mangeront, dit l’hirondelle, mais s’ils se séparent, ils crèveront. Restez ensemble hommes pauvres, restez unis crient les petits de l’hirondelle ». Prévert parle d’un âne « Souvenirs de famille » (p.39) que les enfants appellent « Sir âne ». Il conte une magnifique performance de l’âne comme un exploit héroïque : « le tout en cinquante sept secondes, chronométrées par mon frère Ernest le sportif ».

Jacques Prévert se dit défenseur des animaux, dans beaucoup de textes, il s’élève contre la gavage des oies, les tortures subies par les veaux nourris aux oestrogènes et enfermés dans de minuscules cages (« Irrespects humains »). Il remarque aussi –comme il le fait au sujet des femmes- que les animaux sont maltraités par le langage quotidien. Dans « Cataire », il constate que les hommes ont insulté presque tous les animaux à l’exception des chats (« ils n’ont pas osé »). Cet amour pour le monde animal se manifeste tout particulièrement dans le long poème publié en 1951 sous le titre « Des bêtes… », poème accompagné de photographies d’animaux par Ylla. Comme très souvent dans son œuvre, Prévert leur associe dans son affection les enfants et les femmes.

Dans « Paroles » le texte consacré aux oiseaux (« Au hasard des oiseaux ») Prévert fait l’éloge de ces animaux. On peut notamment souligner la très grande compassion qu’a Prévert envers les oiseaux avec beaucoup de textes portant leurs noms dans Paroles : pour faire le portrait d’un oiseau (p.64), au hasard des oiseaux (p.188), salut à l’oiseau (p.238).

            Quand les « bêtes » apparaissent dans les fables et les contes de Prévert, elles ne sont pas seulement des figures symboliques de l’être humain opprimé. Le poète raconte d’abord leur histoire, suggérant qu’elle ressemble parfois à la nôtre. Jacques Prévert est avant tout un fervent défenseur du monde animal.

 

Lien entre écriture surréaliste ou pratique du collage

 

Prévert est un auteur du 20ème, et il prit part au mouvement littéraire de cette époque, le surréalisme. Et comme de nombreux surréalistes, il pratiqua le collage. Il rencontra les surréalistes dans les années 1920. Paroles est son premier recueil de poésie, qui fut édité en 1946 et qui connut un grand succès. On y retrouve les traces du surréalisme et l’allusion aux artistes avec qui Prévert était ami, comme Picasso. La question que nous nous poserons est : comment se traduit la pratique du collage de Prévert dans ses poèmes et dans son recueil, Paroles. Nous verrons tout d’abord ce qu’étaient les collages de Prévert puis les ressemblances que l’on retrouve dans les poèmes.

   Prévert a commencé ses collages en 1943, à l’invitation de Picasso. En 1963, le musée Picasso d’Antibes lui consacre une exposition intitulée « Les images de Prévert ». Il crée ses œuvres en puisant dans les livres d’art photographiques et les magazines qu’il découpe pour créer des compositions irréelles. Ainsi, dans « Peintre et Modèle », on retrouve un peintre à tête de citrouille qui prend comme modèle un bouledog et sur la toile on voit la tête du Christ.

Donc les collages de Prévert sont comme l’expression graphique de ses écrits, comme le montre une œuvre où un personnage est en habit royal mais a une tête laide, qui est la représentation de ses écrits politiques.

  On retrouve très vite le collage dans Paroles, dès le premier poème, Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France. Prévert décrit une soirée à l’Elysée, « un grand dîner de têtes et chacun s’était fait celle qu’il voulait ». Tous ces personnages deviennent irréels, comme dans les compositions de Prévert. De plus, ils deviennent ridicules, « des têtes de boule puante »,  « des têtes de fromage de tête, des têtes de pied ». On voit aussi la critique et l’avis que Prévert a de ces personnages politiques.

  Prévert a donc établit un lien entre son écriture surréaliste et la pratique du collage. D’ailleurs, la couverture de Paroles est constituée d’une œuvre de Picasso, Nature morte à la pomme, qui est aussi du collage de matériaux détournés de leur contexte.

 

Renversement des clichés

 

   Prévert est né le 4 février 1900 à Neuilly sur Seine. Son milieu le pousse à être proche du peuple. C’est dans cette perspective que son recueil Paroles fut crée, écrit avec un langage souvent familier : restreint et parfois très oral. Nous allons nous intéresser plus particulièrement à cet aspect et voir comment les catégories se retournent. Nous verrons dans un premier temps comment ce qui est vulgaire est rehaussé, puis nous étudierons comment ce qui est noble est rabaissé.

   Nous allons donc voir comment Prévert rehausse ce qui est vulgaire. Ainsi dans « Chanson du geôlier », un geôlier (gardien de prison) part libérer la femme qu’il aime, il y a une opposition entre son travail et l’acte qu’il est en train de faire, sa condition modeste est donc rehaussée par le sentiment qui l’anime. Dans « La crosse en l’air », p133, Prévert écrit :

« Au premier de ces messieurs……et il passe ». Ce passage nous montre bien comment un veilleur de nuit, homme de modeste condition, s’impose face à Mussolini et au roi d’Italie, ce qui lui donne une stature imposante.

   Nous allons maintenant examiner comment ce qui est noble est rabaissé. Ainsi dans « La crosse en l’air », p119, « Soudain l’évêque Infaillible…tais-toi…tu me fait marrer…face de pet… ». On voit bien ici que l’évêque, symbole de la religion, utilise un langage grossier et généralement utilisé par le peuple. Egalement p120, « Mais un pape qu’est-ce que c’est

Un affreux vieillard », il y a un contraste entre le Pape et un affreux vieillard, et donc un rabaissement du souverain pontife. De plus, l’écriture de pape sans majuscule enlève de sa superbe à ce personnage. Dans « Ecritures Saintes », Prévert tourne en dérision la religion lorsqu’il écrit, en parlant de Dieu : « une fois il eut un grand fils ; un joyeux lapin ; et il l’a envoyé sur la terre ; pour sauver les lapins d’en bas ; et son fils a été rapidement liquidé ; et on l’a appelé civet ». Avec cette dérision et cet humour, Prévert rabaisse la religion en la désacralisant.

            Les retournements de catégories sont donc bien présents dans ce recueil et Prévert joue à créer des contrastes. Mais cela n’est pas le seul aspect qui rend  Paroles ironique et humoristique. L’auteur utilise en effet de nombreux autres jeux de mots.

 

Les références culturelles

 

Jacques Prévert est né en 1900, a fait son service militaire à Lunéville. Il vivait de petits travaux par ci, par là .Mais c’est en 1930 qu’il se trouve l’âme artiste (qui se retrouve dans certains de ses poèmes où il parle de ses amis). C’est dans le cinéma et dans la peinture qu’il fait d’abord beaucoup de rencontres (ex : Picasso) puis dans la littérature avec la rencontre de André Breton. Durant la 2eme Guerre mondiale, il était résistant .A la fin de la guerre il se lance entièrement dans la littérature.

Notamment avec Paroles, il a voulu faire un recueil très large et ouvert. Il traite de beaucoup de sujets qui le choquent (la guerre) ou bien qu’il apprécie (ses amis).Prévert étant très connu, il a voulu rendre hommage à ses amis. Et c’est ce que nous allons développer : Quelles sont les références culturelles dans le recueil de Prévert ?

Nous avons vu que Prévert a passé beaucoup de temps dans le cinéma, la littérature …

Et c’est ce qui fait qu’il a voulu écrire des poèmes sur les personnes qu’il aimait. Comme par exemple  Alfred de Musset ’’le pélican lassé’’, mais aussi la Comtesse de Ségur avec ’’le général Dourakine ’’mais encore Alphonse Daudet…..Il y a aussi un clin d’œil à Shakespeare dans le poème ’’l’accent grave’’, où il parle de Hamlet .Mais aussi avec Victor Hugo, Paul Eluard, mais aussi Henri Bernardin de St Pierre

Mais Jacques Prévert n’avait pas que des connaissances dans la littérature .Ayant travaillé dans le cinéma et ayant fait partie du courant surréaliste, il a connu de nombreux peintres comme par exemple Picasso, à qui il dédie deux poèmes .Mais aussi à Van Gogh (peintre du siècle précédent).

Il a aussi écrit des chansons pour ses ami(e)s notamment Marianne Oswald. Mais aussi Lily Marlène…et bien d’autres

   Dans son recueil il y a aussi quelques références anciennes comme Andromaque, Brunehaut (reine médiévale). Aussi il se moque de Blaise Pascal, philosophe du XVII ème siècle, dans un poème dans ‘’Les paris stupides’’

   Maintenant nous pouvons parler des proverbes que Jacques Prévert insère dans son recueil. Des proverbes mais aussi des citations comme celle d’un  alexandrin de Racine. Il reprend également dans un de ses poèmes une phrase très célèbre pour en faire un poème humoristique, avec Hamlet ‘’être ou ne pas être telle est la question’’

    On pourrait presque dire que Jacques Prévert retrace sa vie dans son recueil, il veut faire une sorte de portrait autodidacte de l’époque dans laquelle il vit. Il parle de ceux qu’il aime ou qu’il n’aime pas. Il traite tous les sujets : le déshonneur, l’amour, la nature, la mélancolie …Nous aurions très bien pu insister sur d’autres points comme par exemple le lyrisme. Il y aurait tellement de choses à dire !

 

Comment est peinte la société ? Sous quels traits ?

                               

Dans « Paroles », Prévert peint la société avec une poésie didactique. Il dénonce la société française d’entre les deux guerres mondiales, il nous montre ses défauts.

           Tout d’abord il commence par critiquer les dirigeants du pays dans « Tentative de description d’un dîner de têtes ». On peut retrouver les vers « ceux qui mamellent » « …avec des têtes de boule puante » « ceux qui ont quatre mille huit cent dix mètres de mont blanc…et qui en sont fiers » vers qui montrent ses jugements contre l’élite de l’époque.

Dans ce recueil il nous décrit les méfaits de la guerre avec des ruines, des amours perdus, des deuils…On retrouve ces aspects dans différents poèmes comme « Barbara » avec « quelle connerie la guerre » ou encore dans La « rue de Bucci maintenant » avec « où est-il parti…où es- tu…le cœur de cette rue ».

On peut voir la mentalité de l’armée qu’on retrouve dans beaucoup de poèmes. Il nous dit dans « fête foraine » que la fierté de l’armée est ridicule pour tout le mal qu’elle fait , « Visant le cœur du monde en éclatant de rire ».

 De plus il remet en cause l’élite intellectuelle mais aussi l’élite chrétienne avec des propos anti-cléricaux. On les retrouve principalement dans « la crosse en l’air » où la hiérarchie catholique est remise en cause avec « le pape est élu…aux quatre coins cardinaux il y a des cardinaux qui font la gueule en coin ».Dans « écriture sainte » on peut trouver « le Diable regarde Dieu en face » qui signifie que Dieu est a la même hauteur que le Diable, ce qui est en contradiction avec l’Eglise qui place un Dieu dans les cieux.

            Ensuite il remet en cause les conditions sociales de la basse société. Il nous le montre dans beaucoup de poèmes où il décrit la misère. On a la misère des ouvriers avec «  L’effort humain », « L’effort humain…livrés par la classe ouvrière ».On a la misère du démuni avec « La grasse matinée », « Il est terrible le bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain ».

              Il nous montre bien le rapport entre ouvrier et patron avec «  Le temps perdu » où le travailleur se plaint au soleil de donner une telle journée à un patron qui ne travaille pas.

Il critique la société et sa morale avec « La lessive » où la famille se préoccupe de son honneur lors d’une grossesse hors mariage avec « et la fille est piétinée…la vendange de l’honneur »Enfin il nous montre la société vue de l’extérieur par des animaux dans « événement » avec « Ils mangeront dit l’hirondelle mais s’ils se séparent ils crèveront »

 

Ainsi, « Paroles » est un recueil qui, en créant le tableau de la société dans toutes ses formes, la remet en cause.