Extrait de La terre de Emile Zola (XIXème siècle)

 

 

“Ecoutez donc, et les cinq cents francs de l’indemnité, pour le chemin,

là-haut ?”

D’un saut, Buteau se trouva debout, les yeux hors de la tête, la bouche

ouverte. Rien à dire, pas de discussion possible : il avait touché l’argent,

il devait en rendre la moitié. Un instant, il chercha : puis, ne trouvant

pas de retraite, dans la folie qui montait et lui battait le crâne, il se rua

brusquement sur Jean.

“Bougre de salop, qui as tué notre bonne amitié ! Sans toi, on serait

encore en famille, tous collés, tous gentils ! “

Jean, très raisonnable dans son silence, dû se mettre sur la défensive.

“Touche pas ou je cogne !”

Vivement, Françoise et Lise s’étaient levées, se plantant chacune devant

son homme, le visage gonflé de leur haine lentement accrue, les ongles

enfin dehors, prêtes à s’arracher la peau. Et une bataille générale, que ni

la Grande ni Fouan ne semblaient disposés à empêcher, aurait sûrement

fait voler les bonnets et les cheveux, si le notaire n’était sorti de son

flegme professionnel.

“Mais, nom d’un chien ! Attendez d’être dans la rue ! C’est agaçant,

qu’on ne puisse tomber d’accord sans se battre.”

Losque tous, frémissants, se tinrent tranquilles, il ajouta :

“Vous l’êtes, d’accord, n’est-ce pas ? ... Et bien ! Je vais arrêter les

comptes de tutelle, on les signera, puis nous procéderons à la vente de la

maison, pour en finir...Allez-vous-en, et soyez sages, les bêtises coûtent

cher, des fois !”

Cette parole acheva de les calmer.