Extrait de lAvare de Molière (XVIIèmesiècle)
HARPAGON
Comment ! pendard, c'est toi qui t'abandonnes à ces coupables
extrémités ?
CLEANTE
Comment ! mon père, c'est vous qui vous portez à ces
honteuses actions !
(Maître Simon et La Flèche sortent.)
HARPAGON
C'est toi qui te veux ruiner par des emprunts si
condamnables !
CLEANTE
C'est vous qui cherchez à vous enrichir par des usures si
criminelles !
HARPAGON
Oses-tu bien, après cela, paraître devant moi ?
CLEANTE
Osez-vous bien, après cela, vous présenter aux yeux du monde
?
HARPAGON
N'as-tu point de honte, dis-moi, d'en venir à ces
débauches-là, de te précipiter dans des dépenses effroyables et de
faire une honteuse dissipation du bien que tes parents t'ont amassé
avec tant de sueurs ?
CLEANTE
Ne rougissez-vous point de déshonorer votre condition par
les commerces que vous faites, de sacrifier gloire et réputation au
désir insatiable d'entasser écu sur écu et de renchérir, en fait
d'intérêts, sur les plus infâmes subtilités qu'aient jamais inventées
les plus célèbres usuriers ?
HARPAGON
Ote-toi de mes yeux, coquin, ôte-toi de mes yeux !
CLEANTE
Qui est plus criminel, à votre avis, ou celui qui achète un
argent dont il a besoin, ou bien celui qui vole un argent dont il n'a
que faire ?
HARPAGON
Retire-toi, te dis-je, et ne m'échauffe pas les oreilles.
(Seul.) Je ne suis pas fâché de cette aventure, et ce m'est un avis de
tenir l'oeil plus que jamais sur toutes ses actions.