Dissertation de Français                                   le 11/02/04

Thomas V.

2de 5

 

 

           

Avec Hugo, Flaubert et Zola, le XIXe siècle a connu beaucoup de visionnaires. Cependant, à cette époque, Honoré de Balzac n’était pas considéré comme tel par beaucoup.

En effet, Baudelaire a écrit : « J’ai maintes fois été étonné que la grande gloire de Balzac fût de passer pour un observateur ; il m’avait toujours semblé que son principal mérite était d’être visionnaire [] » Ainsi, Baudelaire pense, à l’inverse de nombre de personnes, que Balzac est avant tout un « visionnaire ».

            Mais qu’en est-il vraiment ? C’est pour tenter de répondre à cette question que nous allons analyser l’opinion de Baudelaire en nous appuyant sur le Cousin Pons, œuvre extraite de la Comédie Humaine d’Honoré de Balzac

Premièrement, nous verrons sur quels points on peut considérer que Balzac est « un observateur ». Nous traiterons donc les aspects réels de son ouvrage, les détails de ses descriptions et enfin le point de vue externe qu’il adopte parfois. Deuxièmement, nous étudierons l’aspect  « visionnaire » de Balzac. Dans un premier temps l’implication de l’auteur, puis les peintures synthétiques de groupes qu’il réalise et enfin l’autre point de vue du texte, le point de vue omniscient.

 

Ainsi, il est vrai que l’on peut considérer Balzac comme un observateur sur certains points. On remarque de la sorte qu’il cite nombres d’artistes ayant véritablement existé comme «Liszt», «Mendelssohn», «Mozart», «Zimmerman»  et «Woëtz» à la page 38 ou encore « Molière » à la page 57. Il cite également des lieux réels comme « Sèvres » à la page 57 et « l’Opéra Comique » à la page 43. Pour accroître encore la crédibilité du texte, il va situer les évènements durant le XIXe siècle : l’histoire débute en 1844, Pons a obtenu le prix de Rome en 1815. Autant d’informations qui laissent croire que Balzac est un grand « observateur » qui va recréer son environnement dans ses livres.

De plus, on retrouve dans ses descriptions des détails qui démontrent avec quelle attention Balzac observe ceux qui l’entourent. Par exemple, lorsque le narrateur décrit le chapeau de Pons à la page 23, il n’indique pas juste sa couleur ou sa forme, il précise qu’il est « mis en arrière » et qu’il « découvre tout le front ». Il prend également soin d’indiquer qu’il s’agit d’un « horrible chapeau de soie » avec un « tissu » « mal appliqué » « plissé en quelques endroits ». Il va même jusqu’à donner le prix du couvre-chef : il coûte « quatorze francs ». Ainsi, on voit très bien le soin qu’apportait l’auteur à réaliser des descriptions précises, autre qualité d’un grand observateur.

Enfin, dernière démonstration de ce talent, il adopte bien souvent un point de vue externe pour décrire, analyser la scène qui semble se dérouler sous les yeux du lecteur. Par exemple, lorsque le Cousin Pons quitte la demeure de Mme de Marville après l’affaire du faux billet,quand le héros est chassé suite à un prétendu rendez-vous extérieur, à la page 64, Balzac nous offre une description de l’attitude qu’adopte le personnage. On le voit ainsi se lever brusquement, s’emparer promptement de son spencer et s’en aller : «  en entendant cette horrible phrase, Pons se redressa comme si la décharge de quelque pile galvanique l’eût atteint, salua froidement sa cousine et alla reprendre son spencer. ». L’auteur parvient à nous faire voir une scène en la décrivant. De même, certaines conversations sont enregistrées et on voit que l’auteur nous les cite mot pour mot comme par exemple lors de la discussion entre Wilhem, Schwab et Schmucke aux pages 81-82. Ainsi, on peut penser à l’inverse de Baudelaire que Balzac avait véritablement pour grand mérite d’être un talentueux observateur.

 

Cependant, on peut également penser comme Baudelaire était un « visionnaire passionné » Effectivement, on remarque que ses personnages ont le même génie que leur créateur. L’auteur s’implique particulièrement dans son texte en donnant un peu de sa personnalité à chacun de ses personnages. Pons est le plus représentatif de Balzac : comme lui c’est un grand personnage de talent puisqu’il a gagné le Prix de Rome. Comme lui, il aime particulièrement les voyages (il est resté en Italie plusieurs années), comme lui il a dépensé toute sa fortune pour sa collection (Balzac collectionnait les meubles) Enfin, ils ont la même aversion envers les portiers. (voir le portrait des Cibot page 66 ) Ainsi, l’auteur va chercher à se retrouver au travers de ses personnages.

De même, on retrouve au fil du texte des peintures synthétiques de groupes de personne comme les Parisiens qui sont décrits comme mauvais et moqueurs aux pages 21 et 40. Il y a également une peinture des pianistes qui seraient tous Allemands à la page 38. On découvre aussi à la page 44 que tous les Allemands savent jouer d’un « instrument de musique » mais pas en revanche les « instruments de la liberté ». A la page 66, Balzac nous offre un portrait des « spécimens mâles et femelles portiers ». Enfin, à la page 133, on dispose d’une peinture du « genre brocanteur ». Au travers de ces différents portraits et de biens d’autres, Balzac parvient à dégager les différentes personnalités des protagonistes du récit. C’est un de ses grands talents d’écrivain imaginatif.

            Enfin, on s’aperçoit également que le point de vue est parfois omniscient. Le narrateur sait tout, voit tout, connaît l’avenir et le passé. Par exemple, lorsqu’à la page 41, il annonce qu’il reparlera plus tard de la Cibot et des torts qu’elle causera à Pons, il devine le futur puisque ces évènements ne se dérouleront respectivement qu’aux pages 66 et dès le chapitre XXVII page 127. De même, il connaît le passé de Pons et des autres personnages. Il est capable d’être au courant des pensées des différents protagonistes, comme lorsque Mme de Marville lit le billet à la page 63 et que Pons ne voit pas le contenu, le narrateur nous l’indique. C’est ainsi que nous sommes d’accord avec Baudelaire sur le fait que Balzac est un « visionnaire passionné ». Il est philosophe et donne du génie à tous ses personnages.

 

            Ainsi, à travers l’étude du Cousin Pons, on peut conclure que Balzac est un grand « visionnaire » comme le prétendait Baudelaire et est également un « observateur » de talent. Ses personnages vivent sous nos yeux et cela d’autant plus qu’ils sortent d’un monde revisité par une conscience d’artiste. Balzac n’appelait-il pas le docteur Bianchon à son chevet dans une ultime « vision » mêlée de réalité?