Compléments pour l'étude de Fantasio

Réflexions sur le genre :

C'est une comédie en deux actes parue dans une revue en 1834.

On observe des liens avec la comédie d'intrigue. En effet, comme dans le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, les personnages changent d'identité en se déguisant. Cependant, Musset introduit une nouveauté qui rend le comique de sa pièce plus subversif, contestataire, critique que celui du siècle précédent. Le maître prince de Mantoue agit de façon plus grotesque et plus sotte que le domestique, l'aide de camp Marinioni.

Il existe aussi des souvenirs de comédie sentimentale à cause des sources historiques de la pièce. Louis-Philippe comme le bon roi de Munich, hésitait à marier sa fille de vingt ans au roi belge Léopold beaucoup plus âgé.

On retrouve enfin d'autres éléments des comédies comme les personnages burlesques, caricaturaux : la sentimentale gouvernante par exemple. Et bien entendu, on peut illustrer cette atmosphère de comédie par les éléments humoristiques du discours de Fantasio, bouffon chargé de tout tourner en dérision, ou l'atmosphère de liesse populaire au début de la pièce.

La progression de l'intrigue fait en dernier lieu penser à une comédie : le bouffon joue un rôle de moraliste. Par une farce, il empêche un drame privé. Il a agi sous l'effet de son intuition et de l'alcool et le hasard s'est révélé pour une fois l'allié de la Providence. Le dénouement est relativement positif pour la princesse et pour Fantasio qui a donné un sens à son existence lors de cet épisode. La pièce fait l'éloge de l'amour sincère au moment où Musset part en Italie avec G.Sand.

Cependant, à mon avis, on peut aussi nuancer les analyses précédentes. Le hasard de la querelle liée à la perruque n'empêche pas tout à fait la Fatalité. L'inimitié entre deux peuples conduit inéluctablement à la guerre. Plus grave encore, le Fantasio désabusé , représentant d'une génération romantique en plein désarroi sur le sens de l 'existence, qu'on découvre au premier acte se retrouve identique à lui-même après la parenthèse du bouffon actif qu'il a jouée. En effet, il refuse tout avenir. Même si le ton reste léger, comme celui de la plaisanterie, on ne peut pas dire que la fin soit heureuse.

Remarques annexes :

Musset a écrit un roman autobiographique où il dépeint le mal du siècle : Confession d'un enfant du siècle (1936). On a vu quels liens de ressemblance s'établissaient entre l'auteur et Fantasio. Il paraît que Delaunay, le premier à jouer le rôle s'était déguisé en Musset !

Fantasio tient son nom d'un recueil d'un écrivain de nouvelles fantastiques allemand : Hoffmann avait fait paraître les Phantasiestücke. On a dit combien le souci de vraisemblance importait peu à Musset ou plutôt comment il inventait une cohérence et une crédibilité du récit qui reposait plus sur des mécanismes intérieurs et poétiques que sur la réalité. Par exemple, on croit au fait qu'une guerre soit déclarée à cause d'une perruque parce qu'on est entré dans les pensées et états d'âme des personnages.

La pièce a été jouée pour la première fois neuf ans après la mort du poète. Elle figurait dans le recueil Spectacle dans un fauteuil (1834) puis dans le recueil Contes et proverbes (1840). Musset ne se faisait plus aucune illusion sur la reconnaissance de son oeuvre par ses contemporains.

Sources : notice de l'édition de la Pléïade, page 939.



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