Florian Gh.                                                                                                               2nde

 

 

Commentaire composé de français

 

« Le Cousin Pons » de Balzac

 

 

Le mardi 30 mars 2004

 

 

Grâce à son œuvre monumentale « La Comédie Humaine », Balzac a ainsi pu devenir un des plus grands écrivains que le patrimoine littéraire français ait connu.

Ainsi dans le premier volet des « parents pauvres », c'est-à-dire « Le Cousin Pons » Balzac relate les aventures de Pons et de son seul ami Schmucke dont la fortune, due à la collection de Pons, est convoitée par tout le monde ; si bien que des complots s’effectuent petit à petit tout au long du roman : les deux amis sont livrés à eux-mêmes dans cette société cupide et cruelle.

C’est pourquoi il est intéressant de regarder en détail la manière dont sont décrit les passages où l’on  retrouve les deux amis seuls comme au moment où Pons s’évanouit après avoir découvert qu’on avait volé huit de ses plus beaux tableaux et que Schmucke eut tout mis en œuvre pour le réanimer.

C’est ainsi que dans ce passage on peut voir d’une part que Balzac décrit avec du suspense la situation dramatique de Pons et d’autre part la manière élogieuse dont est décrit Schmucke.

 

Tout d’abord, examinons comment Balzac parvient à intensifier et à dramatiser la situation dans laquelle se trouve les Pons.

On peut lire des termes qui accentuent la tension dramatique de la situation au début du passage. Ainsi des hyperboles comme « la tête en feu » ou encore « Le soupçon sillonna son intelligence comme un éclair zèbre un ciel orageux » en font partie. En effet « feu » et « orageux » font état de la situation dans laquelle le mental de Pons se trouve, c'est-à-dire aussi fragile que « le ciel orageux » qui menace de se déchaîner et aussi instable qu’un « feu ».De plus le mot « éclair » a ici une consonance d’élément néfaste qui peut déclencher une mauvaise réaction sur le mental de Pons. Certains mots nous montrent donc l’état dramatique de Pons. On peut aussi noter la métaphore qui fait que le drame est à son comble : « Les yeux du pauvre homme furent tout à coup couverts d’un voile noir. » Si l’auteur emploie les mots « voile noir », il pense, à mon avis, à la mort ; c’est donc un mauvais présage de mort à l’intention de Pons ce qui accroît cette tension dramatique.

Il faut aussi s’intéresser aux mots qui décrivent l’état de Pons après qu’il se fût évanoui. « L’évanouissement » de Pons est ici en fait un avertissement de ce qui va lui arriver. Ainsi, les mots « moribond » et « quasi-cadavre » sont tout aussi dramatiques : on est dans l’attente de savoir ce qui va arriver à Pons ; mourir ou être sauvé ? L’auteur intensifie, ainsi avec ces deux mots très évocateurs en ce qui concerne leur sens, la gravité de la situation. Par la suite, juste après s’être réveillé, Schmucke vit revenir sur Pons son « intelligence rayonnante de nouveau sur ce front naguère insensible comme une pierre. » Pons s’est réveillé mais néanmoins l’auteur place ici une comparaison qui rappelle que Pons est passé près de la mort et qui dans un moment plus heureux met un froid, propre au drame qui s’annonce. Le mot « Cette résurrection » accroît encore une fois cette idée de mort, « cet évanouissement » est donc un avant-goût de ce qui peut arriver à Pons : la mort. Donc cette deuxième partie est tout aussi dramatique que la première et surtout centrée sur l’évanouissement qui peut devenir synonyme de mort.

 

On a donc pu voir que ce passage est fortement dramatique, voyons maintenant l’attente avec laquelle est décrit ce passage. Ainsi toute la construction du passage est faite pour décrire le dramatique épisode avec plus d’intensité. Tout au début du passage on peut lire que Pons va aller voir son musée pour savoir si il s’est fait voler. Dans cette partie l’auteur place toutefois des mots qui mettent beaucoup d’attente, comme « péniblement ». Ce mot à une consonance dramatique par le fait que Pons « rassemble ses dernières forces pour se lever », et de plus, de pleine attente car c’est une action qui dure. Puis il découvre que tous ses tableaux sont là. Mais tout de suite après il manque huit de ses plus grands tableaux. C’est à ce moment-là que l’auteur emploie les mots « orageux » et « feu » pour qualifier le mental instable et fragile de Pons : on a donc un moment tout à fait dramatique. Et là c’est l’apogée du drame : « le voile noir » synonyme de mort et « cet évanouissement ». Puis on a le repère de temps « pendant deux heures » on s’imagine alors en face de Pons et en train d’attendre du secours pour Pons. Ici cette durée est présente dans le but d’accentuer l’idée d’urgence créée par cette dramatique syncope. Puis les mots « quasi-cadavre » et « moribond » accroissent ce suspense et cette attente de savoir la suite. Ensuite il y a la description très longue du sauvetage de Schmucke pendant laquelle on ne sait toujours pas ce qu’il va advenir de Pons. Il se réveille mais l’auteur atténue ce moment de joie des deux amis par « front naguère comme une pierre » et surtout « résurrection » qui nous font penser à Pons qui est passé tout près de la mort et que ce n’est qu’un avertissement. Donc le plan de ce passage est conçu pour augmenter cette attente et aussi cette dramatisation de la situation ; L’auteur insiste surtout sur l’état de Pons car tout au long du roman il y a d’abord une gradation du moral de Pons puis une dégradation de son état : « Le malade » puis « le collectionneur » suivi du « maître », « Pons » et enfin « moribond » et « quasi-cadavre » témoignent des ces fluctuations.

Donc on observe de petits commentaires dont le sens est sous-jacent, et souvent qui accroissent le caractère dramatique et un plan conçu pour faire attendre le lecteur ; ainsi l’idée d’attente associée au drame forme en fait une seule idée celle de l’urgence quant à l’état de Pons.Ce sont sûrement ses derniers instants de lucidité. Que va-t-il en résulter ? On le sait : l’éviction de la portière malveillante et un leg favorable à son ami.

 

Après la dramatisation mise surtout dans le début, intéressons-nous à la manière élogieuse que l’auteur utilise pour décrire Schmucke dans la deuxième partie.

Tout d’abord l’auteur le présente comme un homme ayant un sens de l’amitié profond. Ainsi on peut lire que c’est en venant voir « son ami » qu’il a découvert Pons, ce qui est tout à son honneur car cela montre que Schmucke est le seul à encore s’occuper de Pons. Puis on a la métaphore d’ « un héros de l’amitié » qui « au lieu de perdre la tête » va tout mettre en oeuvre pour le réveiller. Balzac utilise aussi la comparaison « d’un homme enfant » ; Schmucke était d’ailleurs auparavant dans le roman, valorisé par cette qualification. Pour Balzac, c’était un « agneau » une personne qui avait « une mansuétude quasi-divine ». Puis à la fin du passage lorsque Pons comprend qu’il vient d’être sauvé par Schmucke, l’auteur emploie alors la phrase « Pons comprit alors  à quel saint dévouement, à quelle puissance d’amitié cette résurrection était due. » Les expressions « saint dévouement », « puissance d’amitié » font aussi partie du champ lexical de l’amitié et donc insistent encore plus sur l’amitié de Schmucke à Pons. L’auteur emploie donc des métaphores valorisantes et des termes propres à l’amitié pour mettre en valeur Schmucke, brillant ami de Pons.

Ensuite l’auteur nous expose un Schmucke qui est comme une mère pour Pons. En effet, il y a quelques comparaisons telles « inspirations comme en ont les femmes aimantes ou les mères ». Honoré de Balzac emploie ces métaphores plutôt favorables dans le but encore une fois de le mettre en valeur devant cette situation dramatique. Aussi une longue énumération de ce que va faire Schmucke pour sauver Pons est tout autant positive ; de plus l’auteur utilise le verbe « Il sut » ce qui veut probablement  dire qu’il le fit avec succès. Puis on peut lire « qu’il prit ce front moite et froid entre ses mains » tel une mère qui embrasse son enfant. D’ailleurs, juste après, l’auteur le dit avec la comparaison religieuse « il baisa son ami sur les yeux comme ces Marie » « baisant le Christ ». On peut aussi lire « cette effusion d’une vie dans une autre, cette œuvre de mère et d’amante fut couronnée d’un plein succès » ; l’auteur entend, par toutes ces métaphores et comparaisons à caractère maternel pour Schmucke, que en plus d’être un excellent ami, il joue aussi à ce moment-là le rôle d’une « mère aimante » pour Pons.

Et enfin, tout au long de la deuxième partie de ce passage l’auteur élève Schmucke au rang d’un dieu. En effet on peut lire de nombreuses références religieuses et divines comme la métaphore « il y appela la vie avec une puissance de volonté digne d’Apollonius de Thyane » ; Apollonius de Thyane était un philosophe, moraliste et mage et auquel on attribua des miracles comme ceux du Christ décrits dans la Bible. Balzac fait donc ici une comparaison plutôt flatteuse à Schmucke et qui peut laisser penser que ce dernier fait aussi des miracles  telque celui de sauver Pons. Deuxième mise en valeur avec une autre comparaison « Il baisa son ami sur les yeux comme ces Maries » « baisant le Christ ». Schmucke est donc ici aussi mis en valeur  par sa bienveillance sur Pons mais aussi par tout l’amour qu’il lui consacre et encore l’ardeur qu’il met pour sauver son ami. L’auteur le dit par la suite : « saint dévouement ». On peut aussi noter « ces efforts divins » qui sont clairement explicites quant au point de vue de l’auteur sur Schmucke ; c'est-à-dire qu’il pense à mon avis que Schmucke donne tous ses sentiments à Pons pour le sauver et sont tellement importants qu’ils seraient dignes d’un Dieu. Cette déification est donc la plus haute mise en valeur que l’on peut accorder à quelqu’un, ici Schmucke.

Après avoir vanté les mérites de Schmucke quant à toute l’amitié à Pons, tout l’amour, digne d’une « mère aimante » utilisé pour sauver Pons, on peut voir enfin que Balzac élève Schmucke au rang suprême de Dieu. En effet pour l’auteur Schmucke est tellement dévoué à son ami qu’il pourrait être un Dieu et c’est pour cette raison qu’il est autant mis en valeur dans ce passage.

 

Donc on a vu tous les procédés utilisés par Balzac pour faire ressortir le caractère dramatique et l’urgence de la situation et toutes ces vertus morales de Schmucke, un ami, une mère, un dieu ; on  peut d’ailleurs noter la gradation ternaire au fil du passage quant au rang atteint par cet allemand ; on peut en conclure que Balzac fait un contraste autour de cet évanouissement entre d’un côté la faiblesse de l’un et de l’autre la force du second. En effet, le danger encouru par Pons, le contexte dramatique et urgent contraste avec une situation sereine résultant très probablement de tout cet éloge fait à Schmucke. Mais ne peut-on penser que Balzac essaie en fin de compte de vanter les mérites de cet honnête allemand dans cette société cupide ?